Eygalieres galerie de portraits

José Sampol

Référence en biologie médicale et amoureux du village

Mince et souriant, discret mais conscient de sa valeur, José Sampol est un habitué du Café de la place, où il discute avec tel ou tel et tape la belote à l’occasion avec ses connaissances de longue date. Attaché au village depuis 50 ans, il s’y est fait construire il y a 20 ans une maison devenue depuis lors le « cocon » de sa famille, dont tous les membres habitent Marseille. Autour de lui, on sait qu’il est un spécialiste de santé, mais pas beaucoup plus. Et pourtant, cette personnalité qui écoute plus qu’elle ne parle recèle - au moins - trois facettes différentes et complémentaires : une référence en biologie médicale, un créateur compulsif et un amoureux d’Eygalières.

Pas de doute, la colonne vertébrale de son parcours, c’est la carrière de santé. Il est certes difficile de savoir pourquoi la biologie a pris possession de sa vie. Mais c’est un fait : après avoir entamé des études de pharmacie sur les conseils du médecin de famille, José bifurque rapidement vers la biologie médicale et se lance dans une carrière hospitalo-universitaire, dont il va gravir brillamment tous les échelons : assistant, maître de conférences, professeur, chef de service à l’Hôpital de la Conception, pendant 27 ans – c’est dire qu’il l’est devenu jeune. Il additionne les responsabilités : développement de la recherche, puis vice-président d’Aix-Marseille Université pendant plus de 15 ans, président du Conseil national des universités – l’institution qui nomme les professeurs d’université - pendant 14 ans. Il additionne aussi les distinctions : commandeur des Palmes académiques, chevalier de l’Ordre national du Mérite (dont l’insigne lui a été remis à l’Elysée), pour ne mentionner que les plus prestigieuses.

C’est une histoire de passion. Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer comment l’œil de José se fait plus brillant lorsqu’il raconte ce que la recherche en hématologie a permis d’apprendre sur le corps humain. Après plus de 50 années de pratique, il reste émerveillé par le fonctionnement du corps, et plus particulièrement par celui des cellules, dont la connaissance a fait des progrès inouïs en quelques décennies. Sa spécialité, c’est tout ce qui concerne le sang, et plus précisément l’hémostase, c’est-à-dire la coagulation sanguine. Il consacre toute sa recherche à l’endothélium vasculaire, la surface des kilomètres de vaisseaux à travers lesquels le sang circule dans notre organisme, une matière qui a pour fonction de maintenir ce sang à l’état liquide. Qu’elle vienne à se dégrader, et le sang circule moins bien, forme des caillots, génère une hémorragie, avec les conséquences que l’on sait.

Cette passion, José la vit en s’engageant pleinement dans son domaine de spécialisation. Dès son arrivée à l’hôpital, il intensifie ses recherches puis il crée une unité de recherche spécifique INSERM axée sur la paroi des vaisseaux. Partie de cinq personnes, cette unité aujourd’hui mondialement connue comporte 190 personnes. L’hémostase comporte une centaine de spécialistes en France, des milliers dans le monde. José fait plus de 150 communications internationales, il écrit même un livre qui constitue une référence à l’époque. Aujourd’hui encore, bien que retraité, il garde le contact avec son équipe pour y « mettre son grain de sel ». Il est toujours conseiller du président de l’université.

Manifestement, cette passion est contagieuse. La femme de José est biologiste. Leur fils est néphrologue et leur fille pharmacologue. Pourtant, aucun antécédent familial ne l’a poussé dans cette direction. Les origines de José, dont il est fier, sont modestes : des gens ayant le sens de la famille, le sens des valeurs. Du côté paternel, ses grands-parents sont nés à Majorque ; son grand-père était cordonnier. Sur cette île où vivaient 21 familles, ils n’avaient pas de quoi vivre, ils l’ont donc quittée sur une voile latine pour rejoindre les côtes de l’Afrique du Nord. Du côté maternel c’est la même histoire : le grand-père pêcheur à Naples gagnait très mal sa vie ; lui aussi est parti en Afrique du Nord. Le père de José crée à Alger une usine de miroiterie et donne ainsi une certaine aisance à sa famille. C’est donc à Alger que nait José, il y a 74 ans mais, alors qu’il est adolescent, ses parents, ses deux sœurs et lui doivent fuir la violence qui y est devenue endémique. La famille s’établit à Marseille, où José et sa femme habitent toujours, où il a conduit sa carrière professionnelle, où leurs enfants vivent également.

José n’est pas seulement une référence en biologie médicale, c’est aussi un homme qui crée, on pourrait même dire un créateur compulsif. Tout au long des années, la connaissance hématologique a connu un développement stupéfiant, une progression qui peut se mesurer : ainsi, la bibliographie du début de sa recherche ne comportait à l’époque que deux articles sur l’endothélium vasculaire. Aujourd’hui, dit José, il en paraît vingt par semaine. A l’époque, trois personnes dans le monde travaillaient sur le sujet, maintenant ils sont plusieurs milliers. José aurait pu se contenter d’être porté par le courant ; tout au contraire, il a choisi d’en être un des moteurs. A travers la recherche, comme on l’a vu. En participant à la mise en place au sein de l’université d’un incubateur, une structure à l’abri de laquelle se créent des start-ups qui, si elles rencontrent du succès, prennent ensuite leur envol. En 10 ans, cet incubateur a généré la création de quelque 2 000 emplois. Plus tard, sollicité par le groupe KPMG qui recherchait un consultant biologiste capable de donner son avis sur des projets d’investissement, il découvre un monde nouveau, celui de la finance de haut vol – qu’il ne porte pas dans son coeur. Surtout, il apprend ce qu’est un business plan ; il apprend à formuler une appréciation économique sur un projet. 

C’est ainsi, presque naturellement, qu’arrivé à l’âge limite – 65 ans – José n’a aucune envie de s’arrêter. Pourquoi ne pas continuer à travailler, cette fois-ci dans le privé, et devenir chef d’entreprise ? Observant le développement rapide du marché de l’analyse médicale, il a l’idée de constituer un groupe cohérent de laboratoires ; il connaît bien le milieu et les techniques médicales. Mais il lui faut un financier : grâce à son interlocuteur chez KPMG, c’est fait en quelques mois. Et en 2012 est créé JS Bio qui, comme par hasard, porte les initiales de son fondateur. En additionnant les atouts propres à l’idée initiale, les compétences acquises avec KPMG et les conseils avisés de son financier en matière d’organisation, JS Bio va connaître une progression fulgurante, entre croissance organique et croissance externe. De 18 personnes au début, il passe à 500 en deux ans et demi. En 2015, il comprend 42 labos, de Nice à Carpentras. Devenu un groupe, JS Bio fait l’objet de propositions de reprise ou de fusion de la part des plus grosses structures françaises. Et il fusionne alors avec le plus grand groupe français : Cerba Heathcare, qui compte 500 laboratoires en France et dans d’autres pays européens et emploie 7 000 personnes. José ne va pas s’arrêter pour autant : il prend des fonctions dans ce nouveau groupe, qu’il exerce toujours, il y participe à la création d’une université d’entreprise – un cas unique dans le monde de la biologie – et d’un institut.

Mue par de fortes ambitions, une inextinguible curiosité, le goût pour apprendre et celui de l’effort, notamment dans le sport, toute la vie de José Sampol a été alimentée par une puissance de travail considérable, par la recherche et par l’intérêt très fort qu’il porte aux gens, quels qu’ils soient. Justement, c’est à Eygalières, découvert dans les années 70 grâce à sa belle-sœur, Paule Toulousan, à l’époque kinésithérapeute du village, qu’il a trouvé la possibilité de rencontrer des gens très différents et d’échanger avec eux en toute liberté. Il se souvient de conversations qu’il a pu avoir tant avec un prix Nobel comme François Jacob, ou le grand luthier Etienne Vatelot, en compagnie duquel il commentait les matches de football, qu’avec des personnes moins connues mais tout aussi intéressantes. Et voilà la troisième facette de sa personnalité : son amour pour ce lieu unique à ses yeux.

21 octobre 2019