Eygalieres galerie de portraits

Stéphanie Ellena

L'engagement au plus près de ses racines

En janvier 2019, Stéphanie Ellena s’établit comme infirmière libérale au village après avoir quitté la Clinique Montagard à Avignon où elle travaillait depuis de nombreuses années. A peine plus de six mois plus tard, elle vient d’être élue présidente du Foyer rural, sans doute l’association la plus importante du village. Parachutage ? Oh, que non ! Bien que cette jeune femme n’ait que 38 ans, son élection s’inscrit dans un parcours déjà très riche et n’est rien d’autre que le produit d’une alchimie personnelle où l’attachement à Eygalières par tous les pores de sa peau tient une place particulière, aux côtés d’un goût prononcé pour le travail en équipe et d’une propension à s’engager déjà maintes fois prouvée. Sans oublier un caractère bien trempé.

Pour Stéphanie, Eygalières est comme un pôle magnétique qui attire son regard, son attention et sa présence d’une manière irrésistible – mais il est vrai qu’elle n’essaie même pas de résister tant elle y trouve son bonheur. L’attraction magnétique du village prend sa force dans les racines familiales de Stéphanie, toutes ancrées ici. Ses arrière-grands-parents y sont enterrés, son père est un Gérin, sa mère une Montagard, de vieilles familles du village. Sa grand-mère maternelle, Palmyre Montagard (évoquée dans le portrait de Patrick Montagard, à lire dans cette Galerie), malheureusement aujourd’hui diminuée par l’âge, en a longtemps été le pivot. Mais Stéphanie n’a pu vraiment s’installer ici qu’après son adolescence, ayant jusqu’à ses 19 ans suivi les affectations successives de son père, militaire de carrière dans l’armée de terre : Nîmes, Beynes dans les Yvelines, enfin Nîmes à nouveau. Mais cela n’a pas empêché toute la famille de revenir au village chaque fois qu’elle le pouvait, en vacances ou en week-end. C’est ici que Stéphanie a tous ses amis et tous ses souvenirs forts. En particulier tous ceux liés à ses deux grands-pères. Du côté maternel, Roger Montagard, l’apiculteur : la transhumance des abeilles à Saint-Jean-de-Sault, au-dessus d’Apt, le remplissage des pots de miel dans son atelier, la boutique qu’on laissait souvent entre leurs mains, à son frère et à elle, encore bien jeunes. Et du côté paternel, Henry Ulysse Gérin, qui était berger dans les Alpilles : Stéphanie l’a souvent accompagné avec ses moutons et en est encore émerveillée. En un mot, ici c’est chez elle, c’est ici qu’elle se sent bien et d’ailleurs elle ne « se voit pas » vivre ailleurs. C’est pourquoi, à 19 ans, elle a décidé de venir y habiter. Comme elle dit, « je n’ai pas trop laissé le choix à mes parents ». C’était il y a presque vingt ans.

Le deuxième élément qui caractérise Stéphanie, c’est sa fibre sociale, son goût pour l’action au service des autres. Une inclination qui ne s’inscrit dans aucun héritage familial et dont elle ne sait pas bien identifier l’origine. Mais une inclination puissante. Pour lui donner vie, elle n’a jamais hésité à « passer par les petites portes », à retourner étudier à maintes reprises pour obtenir le diplôme nécessaire, à sortir des sentiers battus. Encore adolescente, elle enchaîne les « petits boulots » ; dès 16 ans, elle « fait la saison » dans des restaurants. Puis elle recherche les occasions d’être au contact des enfants. Elle obtient le Bafa, le diplôme autorisant à exercer dans les centres aérés. Pendant un an, elle travaille pour la mairie de Miramas : accueil le matin, cantine, activités du soir et du mercredi. Pour aller plus loin dans ce qui l’attire, elle prépare un nouveau diplôme, cette fois-ci le « BEP sanitaire et social ». Au cours de cette scolarité, elle fait un stage dans une maison de retraite et prend conscience à ce moment-là que les adultes l’intéressent plus que les enfants. Alors, elle change de cap, tente et réussit le concours d’aide-soignante. Et à 26 ans, elle obtient son premier emploi fixe, embauchée par la Clinique Montagard à Avignon – une institution sans rapport avec sa famille. Stéphanie s’épanouit dans son travail, toutefois elle sait bien que son chemin est loin de s’arrêter là. Après trois ans d’exercice de son métier, elle se propose d’aller voir ailleurs mais ses employeurs, qui ont su apprécier à leur juste valeur son comportement et ses possibilités, tiennent à la garder. Sa directrice lui propose de financer ses études d’infirmière (avec une réflexion pas très rassurante, Stéphanie précise : « c’était l’époque où nous étions encore dirigés par de vraies personnes »). Il lui faut réussir le concours, ce qu’elle fait, donc elle repart à nouveau à l’école, pour trois ans et demi. Et à 30 ans, elle obtient le diplôme d’infirmière. Puisque la Clinique Montagard a financé ses études, elle s’est engagée à y revenir une fois le diplôme en poche : elle travaille dans le service de chirurgie pendant trois ans. Cette période écoulée, elle se prépare à partir ailleurs lorsque, rebelote, la clinique lui fait une nouvelle proposition pour la garder : le bloc opératoire. Elle accepte et exerce en salle de réveil. Stéphanie, c’est vrai, aime beaucoup son métier mais les aller-retours quotidiens à Avignon lui pèsent, ses deux petites filles et son mari voudraient l’avoir plus pour eux. Alors, lorsque Chantal Grimaud, l’une des trois infirmières d’Eygalières, lui annonce qu’elle va prendre sa retraite, Stéphanie saute sur l’occasion. Et c’est ainsi qu’elle débute en janvier 2019 comme infirmière libérale dans le village.

Ce n’est pas tout : le troisième élément fort de la personnalité de Stéphanie, c’est son goût prononcé pour le monde associatif et pour le travail collectif. Bien entendu, lorsqu’elle travaillait au contact des enfants, c’est un monde qu’elle a beaucoup pratiqué. En colonie de vacances, en centre aéré, elle a pris conscience qu’elle aimait organiser, coordonner, et qu’elle était plutôt douée pour cela. Plus tard, lorsque sa fille aînée était à l’école d’Eygalières, Stéphanie s’est engagée au sein de l’Association de Parents d’Elèves, où elle est restée longtemps active, jusqu’au passage au collège. En parallèle, à la clinique Montagard, elle a tenu le Comité d’entreprise pendant près de cinq ans tout en exerçant les fonctions de déléguée du personnel. Rien d’étonnant donc si, à peine installée professionnellement à Eygalières, elle s’engage comme bénévole au Foyer rural. Très vite, compte tenu de ses « états de service » et de sa disponibilité, on lui propose entrer au bureau comme trésorière adjointe, ce qu’elle accepte bien volontiers. Par ailleurs, après cinq années d’exercice, l’équipe du bureau, qui pilote le Foyer rural, cinq femmes actives et dynamiques, a décidé un renouvellement complet pour l’été 2019. En particulier, la présidente sortante a moins de disponibilité personnelle que par le passé et souhaite prendre du recul. Lorsque se pose la question de son remplacement, Stéphanie se dit spontanément prête à « y aller », au grand plaisir de ses consoeurs. Le nouveau bureau est élu à l’assemblée générale du 28 juin, et Stéphanie Ellena devient officiellement présidente du Foyer rural le 15 juillet.

Stéphanie a certainement tous les atouts pour réussir dans cette fonction, à commencer par son engagement personnel, qu’elle n’a pas pris à la légère. Pour autant, elle est bien consciente que c’est une sorte de défi qu’elle s’est lancé à elle-même. C’est que le Foyer rural est une véritable petite entreprise, certes à but non lucratif. Créée dans les années 60 puis relancée au début des années 70, l’association se donne pour mission de « faire vivre le village » en proposant à ses habitants de nombreuses activités à caractère sportif, culturel ou convivial. Gymnastique douce, danse tonique, scrabble, yoga, boxe, pour ne citer que quelques exemples, sont proposés aux plus de 350 adhérents, en majorité habitants du village mais aussi en partie des villages voisins. Le Foyer organise une traditionnelle course pédestre annuelle, la Course « di Quieu blanc » (un surnom ancien des Eygaliérois). Il emploie plus d’une dizaine d’intervenants, rémunérés ou bénévoles. Pendant longtemps, il a utilisé la Salle des fêtes ; il peut aujourd’hui bénéficier des installations toutes neuves de la Maison des sports, inaugurée le 1er mars dernier, un projet cher au regretté René Fontès.

Dans la force de son âge, cette jeune femme souriante et entreprenante s’est ainsi lancée dans un nouveau projet qui lui correspond profondément et qui va lui permettre, elle en est convaincue, de conjuguer son puissant attachement à Eygalières, son désir de contribuer à ce qu’il conserve « l’esprit village », l’esprit de village et l’esprit du village, et son appétence personnelle pour l’animation et la relation avec les autres.

17 Juillet 2019