Eygalieres galerie de portraits

Benjamin Richel

La troisième génération d'une entreprise familiale

A Eygalières, qui ne connaît les Serres Richel, la plus grande entreprise de notre village ? Fondée en 1964 par Pierre Richel, le grand-père de Benjamin, à l’origine agriculteur et éleveur dans les Alpes, elle a connu un développement impressionnant, surmontant les obstacles et traversant les années avec succès. A l’heure de la troisième génération, le groupe Richel est l’un des leaders mondiaux des serres agricoles haut de gamme ; ses produits sont vendus sur tous les continents. Depuis quatre ans à la direction du groupe aux côtés d’Antoine Lepilleur, époux de sa cousine, Benjamin Richel est un homme discret, entreprenant, engagé, passionné par l’international, un homme sportif et bon vivant qui veille à conserver une vie équilibrée tout en s’investissant pleinement dans l’entreprise familiale.

Curiosité intellectuelle, goût du risque mesuré, capacité d’adaptation, mais aussi humour et plaisir de vivre, c’est cela qui caractérise Benjamin. On en trouve l’illustration dans la manière dont il a mené sa vie - jusqu’à présent puisqu’à 42 ans, il a encore « toute la vie devant lui ». C’est la curiosité qui le pousse lorsque, après ses études de commerce à Marseille, il choisit d’aller vivre deux ans au Caire comme Volontaire international – un service civique effectué à l’étranger au bénéfice d’entreprises. Pour le compte de l’IMED, organisme régional privé, il met le pied à l’étrier sur le marché égyptien à des PME de la région. Cette mission, Benjamin en adore tous les aspects : la découverte d’une culture différente et d’un marché compliqué, la diversité des entreprises pour lesquelles il travaille – de la thalassothérapie aux abrasifs industriels en passant le transport des fruits et légumes. Sans oublier les plaisirs offerts par ce pays, comme la plongée sous-marine, qui deviendra une passion. Au bout du compte, ayant ainsi découvert la réalité concrète du commerce international, Benjamin s’y sent bien.

Lorsqu’il rentre en France, à 26 ans, c’est paradoxalement par goût du risque qu’il entame l’étape suivante de sa carrière. Partir en Egypte, c’était acquérir une expérience à l’extérieur de l’entreprise familiale dont il pressentait qu’il serait difficile de résister à son attrait, même si les cartes n’étaient pas jouées d’avance. En effet, désirant travailler dans le commerce international, comment tourner le dos à une entreprise qui réalise les trois quarts de son chiffre d’affaires à l’exportation et qui est celle de votre famille ? Devenir salarié de Richel, une solution de facilité ? Pas du tout, car faire ses preuves au sein d’un groupe familial était plus risqué pour son image et sa réputation que dans une entreprise lambda qui l’aurait embauché. C’est un défi qu’il se lance à lui-même et qu’il va relever avec succès, dévoilant ainsi pugnacité et capacité d’adaptation. Benjamin se voit confier un terrain quasiment en friches : l’entreprise a acquis six ans auparavant une nouvelle activité, les serres à couverture en verre, alors que son produit historique est la serre à couverture plastique. Une partie de la clientèle de ces produits est très différente de celle dont Richel a l’habitude : ces sont surtout des entreprises de distribution pour les jardineries, ou des collectivités pour les jardins botaniques. Chargé d’en développer l’exportation, Benjamin parcourt le monde et en quatre ans voyage dans quarante pays différents. Il découvre à cette occasion que porter le nom de l’entreprise est un atout important auprès des clients mais parfois un challenge dans l’entreprise : on lui prête la science infuse, ce qui naturellement n’est pas le cas ; il lui faudra tout apprendre, mais les résultats seront au rendez-vous.

Quatre ans plus tard, une nouvelle opportunité de satisfaire sa curiosité s’ouvre à lui : les ventes aux Etats-Unis étant inexistantes, développer un partenariat avec un nouveau distributeur américain exige une présence locale. On l’y envoie pour assurer cette mission. Basé en famille à Boston, il découvre ce marché complexe car très fragmenté et prend de nouveau plaisir à une expatriation, dans une culture très différente de celle qu’il a connue en Egypte. De retour trois ans plus tard, il prend la direction de l’activité des serres en verre (dites « Venlo »), stratégique pour le développement du groupe. Puis, en 2015, alors que Benjamin a 36 ans, son père Christian, PDG du Groupe, se prépare à prendre sa retraite et la succession s’organise. Deux ans plus tard, c’est un duo qui va diriger le groupe Richel, Benjamin et Antoine Lepilleur, tandis que Christian Richel prendra la présidence du Conseil de surveillance. Les deux frères de Benjamin, basés l’un au Mexique, l’autre en Ukraine, sont chargés de suivre et de dynamiser les ventes en Amérique et dans la CEI. Onze ans après avoir rejoint l’entreprise familiale, Benjamin en devient ainsi le codirigeant. Maintenir et développer un groupe que les deux générations précédentes ont porté à un niveau de rayonnement mondial : c’est un beau défi.

En effet, quelle belle aventure entrepreneuriale que celle du groupe Richel ! C’est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux dans la serre haut de gamme, qui permet de réguler température, hygrométrie, arrosage, etc, au plus près des besoins des plantes. Il s’agit de répondre à la croissance mondiale de la production de légumes et de fruits, tirée par une clientèle à la recherche d’une alimentation diversifiée, de plus en plus biologique et produite à proximité. Le groupe réalise les trois quarts de son chiffre d’affaires à l’exportation avec trois gammes de produits, les serres plastique et les serres verre (uniquement pour l’activité agricole) ainsi que les tunnels de stockage, sous la marque Toutabri, destinés à abriter divers produits agricoles, des équipements, des véhicules, mais aussi de la matière en vrac pour toutes sortes d’entreprises. A la différence de la plupart de ses concurrents internationaux, présents à l’étranger mais régionalement, Richel vend sur tous les continents, ce qui est source de résilience face à la volatilité des marchés. Et quand on sait d’où vient l’entreprise, on ne peut être qu’admiratif d’un tel succès. Pierre Richel, disparu en janvier 2019, a commencé sa vie comme agriculteur et éleveur. Avec son épouse, il exploitait une ferme dans les Alpes, là où se trouve aujourd’hui la station de ski de Courchevel, et y produisait du beaufort. Les dernières années, il pratiquait la transhumance avec le pays d’Arles. Et puis un jour des années 50, il est exproprié par la commune, qui met en route la station de ski. Pierre reprend alors un mas en fermage près d’Arles. Puis il change radicalement d’activité et rachète un commerce de produits pour l’agriculture dans le quartier de la Gare à Eygalières. Et progressivement, il se met à produire des serres. On est dans les années 60 et 70. Pierre Richel, rejoint par son fils aîné Jean-Marc, fait grandir l’entreprise. Malgré cet esprit pionnier et innovant, des difficultés financières lui font perdre le contrôle du capital et, lorsqu’il passe la main à son fils Christian, au début des années 80, l’entreprise doit repartir. Heureusement, Christian et son frère Jean-Marc redressent la situation et reprennent progressivement possession du capital de l’entreprise. Parallèlement, l’exportation se développe, de manière équilibrée entre les destinations : c’est l’œuvre de Christian Richel, passionné par l’international depuis toujours.

Si Richel est une entreprise mondiale par sa clientèle, elle est française et surtout eygaliéroise par sa production, avec un deuxième site en Anjou : 200 des 300 personnes qu’elle emploie travaillent à Eygalières. Richel est d’ailleurs, de loin, le premier employeur du village. Benjamin lui-même, bien qu’il n’y habite pas, se sent profondément eygaliérois. C’est ici qu’il a passé ses jeunes années, ici qu’ont toujours vécu ses parents. Enfant, il jouait avec ses frères, sœur, cousins et cousines autour de la maison de ses grands-parents, attenante à l’usine. La famille tient à conserver ce lien qui fait partie de son identité et maintient des traditions comme le rite familial d’une olivade à l’automne dans la parcelle acquise il y a bien longtemps par Pierre Richel à la Glacière, sur le versant Nord du village.

On retrouve aussi la curiosité et le goût du risque mesuré dans les activités que pratique Benjamin en-dehors de son travail, d’abord des sports difficiles comme le cross-training, le trail, l’alpinisme mais aussi les sports nautiques ou naturellement, sur la neige, lors de séjours dans le berceau savoyard de la famille. Puis l’amour des voyages, qu’il partage avec son épouse et ses deux filles toutes jeunes. Un amour que les circonstances présentes ont mis un peu de côté, mais auquel il espère bien pouvoir sacrifier à nouveau, pas uniquement dans le cadre des déplacements professionnels.

16 juillet 2021