Eygalieres galerie de portraits

Noëlle Meynier-Barthès

Eygalières comme une évidence

Il y a vingt ans, Noëlle Meynier s’est installée à Eygalières, le village de ses parents, de ses grands-parents et de plusieurs générations avant eux, le village où elle passait tous ses week-ends, toutes ses vacances, depuis son plus jeune âge. « C’était une évidence », dit-elle. Avant elle, ses parents avaient d’ailleurs fait de même. Pour cette famille, Eygalières agit comme une force d’attraction à laquelle on ne peut résister.

Cependant, ce n’est pas à Eygalières qu’elle a vécu ses trente-quatre premières années. Son père, Jacky Meynier, faute d’emploi à Eygalières dans sa spécialité, a dû quitter son village natal pour aller travailler aux usines de Lavéra. Jacky, son épouse Bernadette Ricard, Noëlle et Corinne, sa sœur aînée, habitent à Saint-Mitre-les-Remparts, près de Martigues. Ensuite, tout s’enchaîne comme naturellement. Noëlle fréquente le collège à Istres puis le lycée à Martigues. Elle entreprend des études de comptabilité qui la conduisent à être recrutée par un cabinet d’expert-comptable à Istres. C’est là aussi que naissent ses deux filles Laurie et Lisa. Mais à cette description de la première partie de sa vie manque quelque chose d’essentiel. En effet, ses grands-parents Meynier et son grand-père Ricard habitent à Eygalières. Toute son enfance avec ses parents, plus tard comme adulte, dès qu’il y a du temps libre, on s’évade vers le village. A leur retraite d’ailleurs, ses parents sont revenus vivre dans leur village natal. C’est donc à Eygalières qu’elle construit ses amitiés et, au fond, c’est là que son cœur l’appelle, un appel auquel elle cèdera à 34 ans.

Elle y est chez elle, connue et reconnue. Sa famille, ses ancêtres, sont tout-à-fait représentatifs du kaléidoscope entrecroisé que constitue la population du village jusqu’aux années 1980. Certaines branches y sont présentes depuis au moins le XVIIe siècle comme les Goudet ; depuis le XVIIIe comme les Barrouyer, les Pélissier, les Marin, les Véran, les Sat. Les Meynier eux-mêmes y ont pris pied vers 1830, en provenance d’Eyguières, de l’autre côté des Alpilles. Quant aux Ricard, ils sont arrivés au XIXe siècle, venant de Saint-Rémy-de-Provence. Si les Meynier sont bien connus à Eygalières, cela est dû, au premier chef, à Paul Meynier (1915-1995), le grand-père paternel de Noëlle. « Pipoté », comme on le surnommait, était facteur. Pendant une vingtaine d’années, il a été l’adjoint de Gaston Breugne de Valgast, le maire détenteur du record de longévité à Eygalières : de 1929 à 1941, puis de 1947 à 1969. Lorsque « Breugne » décède le 1er mars 1969, à 82 ans, Paul Meynier lui succède tout naturellement. Il achève le mandat en cours et remporte les élections suivantes en 1971, une année faste pour la démocratie, où trois listes étaient en concurrence. Mais lorsqu’il se représente pour un troisième mandat en 1977, il est battu par Félix Pélissier, qui restera maire trente-et-un ans.

C’est à Paul Meynier qu’est due la création en 1963 du camping d’Eygalières, qu’il a alors quasiment installé dans son jardin : cela donne une idée de la faible densité d’habitations à l’époque. Le camping est rapidement devenu une sorte d’institution, qui a contribué à l’attraction du village : plusieurs personnalités l’ont fréquenté, avant de s’installer dans le village.

Mentionnons également deux autres personnes emblématiques, deux des arrière-grands-mères de Noëlle. Sidonie Meynier (née Goudet), la mère de Paul, tenait une toute petite épicerie, que sa nièce Francinette Perrot (voir son portrait dans cette Galerie), a reprise lorsque le terrible gel de 1956 l’a contrainte, avec son mari, à abandonner son métier d’agricultrice. Honorine Laurens, la grand-mère maternelle de Bernadette Ricard, conjuguait le travail des oliviers, le cassage des amandes et l’entretien d’un troupeau de moutons.

Noëlle aurait pu continuer à vivre près de la Méditerranée et à se rendre chaque week-end à Eygalières. Cependant, après la naissance de Lisa, elle a décidé de prendre un congé parental, et l’évidence lui est alors apparue avec force, une évidence à laquelle ses parents s’étaient déjà rendus. Heureusement pour elle, malgré l’explosion des prix du foncier qui ont souvent mis à mal des successions, les Meynier comme les Ricard avaient conservé des terrains dans le village. C’est ainsi que Noëlle a pu faire construire sa maison sur le terrain des Ricard, en plein centre du village, à côté de celle de ses parents. Sa sœur aînée, Corinne, professeur d’éducation physique, avait parcouru la France au gré de ses affectations avant de décider de s’établir à Eygalières, sur le terrain des Meynier, à côté du camping. Corinne Meynier a pour passion « l’agility », ce sport avec des chiens : championne du monde en sport par équipes, elle est médaille de bronze en sport individuel, et par ailleurs présidente de la Fédération française des activités du Chien de sport (FFACS), dont le siège est lui-même situé à Eygalières. Quant à Laurie, la fille aînée de Noëlle, elle aussi a cédé à cette attraction : après des études au Canada, où elle aurait pu décider de rester, comme beaucoup d’autres, elle est revenue habiter à Eygalières pour travailler chez Airbus Helicopters à Marignane.

C’est sans difficulté que Noëlle a trouvé à s’employer à Eygalières : Christian Villard, entrepreneur de propreté (voir son portrait dans cette Galerie), l’a rapidement embauchée comme comptable de son entreprise, emploi qu’elle a occupé pendant dix-huit ans, jusqu’à l’an dernier. Son retour au bercail familial devait aussi passer par d’autres étapes. Ainsi, ses deux filles étant scolarisées à l’école communale, elle est devenue la trésorière de l’Association des parents d’élèves. Elle était prête à aller plus loin dans un engagement municipal, ce pourquoi elle figurait sur la liste de Patrick Ellena à l’élection municipale de 2008. Ce ne fut pas le succès attendu, mais Noëlle ne regrette nullement cette expérience qu’elle a trouvée passionnante et qui lui a permis de faire la connaissance de beaucoup de personnes qu’elle ne connaissait pas encore.

Le retour, pour elle, représentait aussi le contact avec la nature des Alpilles, où elle va marcher dès qu’elle le peut. Ainsi que les oliviers, encore un héritage familial, pour lesquels elle s’est prise de passion avec son mari, Pascal Barthès, kinésithérapeute-ostéopathe à Fos-sur-Mer, qu’elle a épousé en 2020. Dans la famille de Noëlle, il y a toujours eu des oliviers ; ils en ont acheté quelques pieds de plus. Petite, elle observait la manière de faire de ses parents et de ses grands-parents. Aujourd’hui, elle a repris cette tradition. Pascal et elle les soignent tous deux, lui les taille (c’est affaire de force physique), et ils les font presser à Mouriès, pour leur consommation personnelle et celle de leurs amis. Mais un autre projet la titille, qui lui aussi prend ses racines dans ses souvenirs d’enfants, c’est l’apiculture. Son père, son grand-père, étaient apiculteurs et produisaient leur propre miel, notamment le miel des Alpilles, jusqu’à ce que des vols de ruches de plus en plus fréquents les conduisent à arrêter. Pourquoi Noëlle ne reprendrait-elle pas cette activité ? Je n’aurais garde d’oublier l’attrait pour la Camargue, sous des formes diverses. Une passion pour la course camarguaise, elle aussi transmise par ses parents et grands-parents ; le bonheur des paysages ; l’attrait pour les chevaux, communiqué à la génération suivante puisque Laurie monte le cheval de son grand-père, plus très jeune maintenant.

Il faut tempérer ce sentiment de plénitude : Noëlle Meynier-Barthès observe avec tristesse et déplaisir certains des changements que connaît le village, telles que la construction de bâtiments démesurés et la clôture de propriétés où on se promenait librement autrefois. Mais elle a bien conscience du privilège qui est le sien d’avoir pu revenir s’établir dans le village de ses ancêtres et de son enfance. On ne saurait lui donner tort.

17 mai 2024