Eygalieres galerie de portraits

Sandrine Caud

A Eygalières, Sandrine Caud est surtout connue comme la cheville ouvrière de l’ADMR, l’association qui fournit des services à la personne à domicile, dont elle est la coordinatrice depuis huit ans. Mais cette jeune femme suractive est aussi, depuis l’enfance, une sportive accomplie qui pratique aujourd’hui « l’agility », ce sport peu connu qui consiste à faire accomplir à son chien un parcours d’obstacles. Avec sa chienne shetland Diva, Sandrine a été championne de France dans ce sport en 2013, ce qui témoigne de belles qualités d’intelligence, de compréhension et de patience.

Des qualités, Sandrine en a bien d’autres, à commencer par la volonté, le courage et la capacité à rebondir. Son caractère s’est forgé tôt, sous l’impulsion de parents très engagés aux côtés de leurs enfants, ce dont elle leur est très reconnaissante. Originaires de Carcassonne, Nicole et Guy se sont installés en Haute-Savoie, dans le petit village de Viuz-en-Sallaz, à quelques kilomètres de la frontière suisse, et travaillent tous deux dans le commerce ; Guy est boucher-charcutier-traiteur. Ils ne comptent pas leurs heures de travail mais se dépensent aussi beaucoup pour leurs trois enfants, qui tout naturellement sont presque nés les skis aux pieds : avec peut-être une légère exagération, Sandrine dit même qu’elle a su faire du ski avant de marcher. Mais le ski ne leur suffit pas, chacun va pratiquer un autre sport. La sœur de Sandrine fait du basket à haut niveau, son frère du football de manière intense. En observant Sandrine, leur aînée, ses parents font le constat qu’elle est « trop gentille ». Craignant qu’elle ne soit plus tard victime de cette gentillesse, ils souhaitent la voir développer une capacité de résistance et dès 4-5 ans la mettent au judo, pour lequel elle s’enthousiasme et qui développe chez elle le sens de la compétition. Pendant une dizaine d’années, toute sa vie s’organise autour de ce sport, ses parents la conduisant aux entrainements et aux compétitions. Elle n’imagine pas l’avenir autrement qu’avec le judo voire dans le judo. Mais voilà qu’à 16 ans, sur le tapis, une prise mal venue lui cause un grave accident qui la laisse hémiplégique. 

Choc, désespérance, poids du présent et inquiétude pour le futur… Toutefois, la chance est avec elle : six mois plus tard, elle est remise d’aplomb lors d’une manipulation à l’occasion d’une radio. Sandrine ne veut pas abandonner la pratique sportive, mais il n’est pas question de poursuivre le judo, la confiance est rompue. Que faire donc ? Elle s’essaye au football mais n’y prend aucun plaisir et réalise qu’elle n’est pas faite pour les sports d’équipe. Elle s’oriente alors vers une activité originale, l’arbitrage de football, où elle progresse rapidement, arbitrant d’abord les enfants, puis des joueurs de plus en plus âgés, jusqu’aux adultes. Elle passe l’examen de la Ligue de football et est embauchée comme professionnelle par l’Olympique Lyonnais. Elle a 17 ans, elle gagne 50 FF (7,5 €) par match, et va poursuivre cette activité jusqu’à ses 20 ans.

Aujourd’hui, sa passion sportive, c’est l’agility (pour comprendre vraiment de quoi il s’agit, je vous conseille de regarder une vidéo sur internet). Ce n’est pas d’hier que date sa relation avec les chiens : sa famille en a toujours eu. Dans les Alpes, ils font partie de l’environnement naturel. D’ailleurs, Sandrine a pratiqué la transhumance à plusieurs reprises, thème qu’elle a pu partager lors de conversations avec Pierre Richel, le fondateur disparu il y a peu de la plus grande entreprise d’Eygalières, né en Maurienne et qui avait commencé sa vie comme éleveur d’un grand troupeau de vaches. Un temps, Sandrine a souhaité devenir maître-chien dans l’armée, mais à l’époque cette fonction n’était pas ouverte aux femmes, elle a dû y renoncer. Lorsqu’on lui a offert un chien, « retraité » de la gendarmerie, elle s’est mise à réfléchir aux activités qu’elle pouvait lui offrir, car il n’était pas question d’en faire un simple animal de compagnie. Et il vrai que les possibilités sont nombreuses. Ainsi, Sandrine garde près d’elle Hysope, à qui la santé ne permet plus de pratiquer l’agility mais qui est devenue une spécialiste de la truffe. D’autres chiens font du troupeau, activité dans laquelle sont organisées des compétitions. Les chiens de troupeau, tout comme ceux qui pratiquent l’agility, sont remarquables d’intelligence et d’énergie. Avec eux, leur maître doit être capable de nouer une relation forte de compréhension mutuelle, fondée sur le jeu et l’affection. Chaque animal est différent, il faut comprendre ce pour quoi il a de l’appétence, ce qu’il n’accepte pas ou pas volontiers, car le succès en compétition repose sur un engagement total de ce binôme que constituent le chien et son maître. Cela ne va pas de soi. Ainsi, Sandrine a mis du temps avant de saisir le caractère de Jaiss, sa chienne actuelle, au début rétive à l’agility. Pour changer, elle lui a fait faire du troupeau, où elle s’est révélée excellente. Sandrine a alors réalisé que sa chienne n’aimait pas que l’on reste trop près d’elle. A partir de ce moment, Jaiss a brillé en toutes circonstances, jusqu’à remporter le Grand prix de France en 2017. Cette relation, créée à force de ténacité, de réflexion, de travail en commun, est source de grandes joies pour Sandrine, indépendamment même des succès remportés en compétition.

D’abord inscrite dans un club à l’Isle-sur-la-Sorgue, Sandrine est maintenant à Eyragues. Elle a pris des responsabilités. Membre de la Fédération française du chien de sport (FFACS), elle assure des cours dans son club ; elle est même allée enseigner à la base militaire d’Orange. Elle participe aussi à de nombreuses compétitions, qui l’ont conduite à beaucoup voyager, en France et à l’étranger ; mais malheureusement aujourd’hui tout est à l’arrêt.

Cependant, la vie de Sandrine ne se résume pas à l’agility, loin de là. Il y a d’abord Benjamin, son fils de 8 ans, auquel elle fait pratiquer le football et pour qui elle s’efforce de faire ce que ses propres parents ont fait pour elle. Sandrine prend très à cœur son activité à l’ADMR, où elle sait que chacun compte sur elle. L’ADMR est sa troisième expérience professionnelle, après l’Urssaf à Avignon, où son emploi a été victime d’une réorganisation qui l’a mise en chômage économique. C’est un peu à l’aveuglette qu’elle a présenté sa candidature au poste proposé par l’ADMR, pour lequel elle a été recrutée en 2013. Depuis lors, sous l’autorité de son président Serge Jodezyk (voir son portrait dans cette Galerie), elle assure l’organisation et le pilotage de l’équipe d’une douzaine de salariés et gère la relation avec les clients de l’association et leur famille. Elle peut y mettre à profit toutes ses qualités d’engagement, d’énergie et de volonté, d’empathie et de disponibilité. Elle le fait pleinement, parfois peut-être trop. Sandrine, en effet, consacre une part de son temps et de son énergie à combattre, avec courage et sans pathos, une maladie sérieuse à laquelle elle fait face depuis plusieurs années. Sortant à peine d’une opération, elle est retournée sans délai à son bureau, ignorant les conseils prodigués par son environnement de « prendre du recul ». Mais elle est comme ça, Sandrine, elle ne sait pas faire les choses à moitié. Quand elle s’engage, c’est à fond. Toujours positive, elle s’efforce de mettre en œuvre des pratiques tirées de sa vie sportive : limiter les contraintes, se réjouir de tout : « si on réussit, on gagne ; si on perd, on apprend ». Elle y trouve, il y est vrai, de grandes sources de satisfaction même s’il lui arrive de souhaiter être moins constamment sollicitée. Ainsi a-t-elle pu constater que, lorsque le confinement a été instauré, l’équipe qu’elle avait forgée a su résister, alors que les circonstances auraient pu la conduire au contraire à se déliter. Et elle est heureuse d’avoir pu nouer des relations personnelles avec plusieurs de ceux, souvent âgés, qui constituent ses « clients », mais qui sont d’abord des êtres avec qui l’on peut partager des moments de bonheur.

Discrète sur elle-même comme sur son parcours, concentrée, engagée et ouverte en même temps, Sandrine Caud trace son chemin en s’efforçant d’équilibrer au mieux ses activités, ses joies et ses peines. Si elle est heureuse de vivre à Eygalières, elle aspire avec force à un retour des compétitions sportives, son véritable oxygène.

3 mars 2021